Dans un collège du 37 :

Formation formatage ! Match nul !

Dans notre collège l’opposition à la réforme du collège est loin d’être violente, je craignais le pire quant au déroulement de cette matinée. Deux IPR (maths et anglais) étaient dépêchés pour venir porter la bonne parole. A l’aide d’un diaporama clé en main nos IPR commencent une présentation de cette réforme très rapidement les questions jaillissent de la salle et ce qui est le plus drôle c’est que ce sont les plus convaincus qui posent les questions embarrassantes.

Quelques questions :

Projection de l’histogramme montrant les horaires actuels et les futurs horaires, un collègue demande : « Il y a une perte de plus de 150 heures sur la scolarité au collège, c’est embêtant »
Réponse : « Il n’y a pas de réelle perte d’heure puisque grâce aux EPI vous travaillerez différemment et de façon plus efficace »

Projection d’un histogramme montrant les progrès des élèves entre la 6e et la 3e selon les différents domaines (lecture, mathématiques, acquis culturels...) en fonction du milieu social d’origine. L’IPR commente cet histogramme pour en arriver à la conclusion qu’on fait progresser tous nos élèves quel que soit le milieu social. Si en général les élèves issus de milieux favorisés progressent plus que les autres, en lecture c’est l’inverse.
Un collègue s’insurge disant que cette conclusion n’avait pas de sens car on ne donnait pas le niveau de départ de l’élève. Il est difficile de progresser quand on a déjà atteint le niveau maximum.
Réponse de l’IPR de maths : « Ce n’est pas le niveau de départ qui est intéressant mais le fait qu’on fait bien progresser tous les élèves ! »
Commentaire perso : « Ça sert à quoi une réforme si nous travaillons bien ? »

Question « Quid des élèves qui changeront d’établissement et n’auront pas suivi les mêmes enseignements ? »
Réponse : « C’est très marginal ! Et cela ne posera pas problème car on ne peut pas faire les choses dans n’importe quel ordre et il n’y aura pas beaucoup de différences de progressions. »
Je demande alors « Ça sert à quoi de faire une réforme avec des programmes par cycle nous faisant rêver à une grande liberté pédagogique qu’on n’aura pas si on suit tous la même progression »
Réponse : « Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire ! »
Moi : « Oui mais c’est ce que j’ai compris ! »
Réponse : « Tous les professeurs n’auront pas la même progression mais le même objectif final ! »
Quelle langue de bois !

Question : « Si je fais un EPI et/ou de l’AP, ce sera des HSA ou des heures poste ? »
Réponse : « Ni l’un ni l’autre car cela se passera sur votre horaire disciplinaire qui pourra être soit en co-animation soit en classe dédoublée. »
Le collègue : « Mais je n’aurai plus de temps pour mon enseignement ! »
L’IPR : « Vous travaillerez différemment et de façon plus efficace donc vous gagnerez du temps pour votre enseignement »

Une collègue d’Anglais : « On ne cesse de nous dire que les élèves Français parlent mal les langues mais on nous supprime les heures d’Anglais Euro que nous devrons intégrer dans nos cours et nous avons des effectifs proches de 30, je ne vois pas comment je vais parvenir à mieux entraîner mes élèves à l’oral »
Réponse de l’IPR d’Anglais : « Vous travaillerez différemment et de façon plus efficace ! »
Commentaire perso : « Inventons les heures de 120mn et tous les élèves pourront parler ! »

Conclusion de cette matinée : Quel que soit le degré de conviction des collègues, nous avons tous fait un bond vers encore moins de conviction positive. Ne lâchons rien ! On va y arriver !
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Dans un collège du 37 :

Cette "formation" fut animée un IPR de lettres et un IPR de vie scolaire qui inspecte les CPE et Documentalistes.

Comment dire ? La première nous a complétement endormi ou enfumé avec un power point qui ne nous a rien appris (réforme, 26h, AP, EPI...) mais en nous assénant que c’était magnifique et qu’avec cela nous allions sauver les 150 000 élèves perdus à jamais faute d’avoir obtenu un diplome ! La seconde était plus enflammée elle nous a servi une PISA en entrée, deux douzaines d’AP et EPI (demande des collègues :"Vous avez des exemples " réponse "Non cela ne sert à rien , vous devez vous les approprier, car c’est de vous que cela doit venir... cette réforme ne marchera que grâce à vous ")- cela me rappelle le stalinisme que j’enseigne aux 3e : les plans quinquennaux étaient bons et justes car voulus par Staline, lorsque cela ne fonctionnait pas les exécutants étaient tenus pour responsables, mais non pas le plan- et le dessert proprement indigeste : notre but dans ce monde qui demande des compétence c’est que tous les élèves soient tous à bac+3 et qu’il soient "adaptables" -je vous assure , 45 témoins aterrés, que cela a été dit.

Le programme ? Oui bon il existe mais le plus important le "programme des programmes c’est le socle commun"

L’allemand , échanges un peu vif avec la collègue qui perd 6 à 7 h l’an prochain.

On avait décidé en heure syndicale de ne rien dire, faire les benêts. Un collègue d’EPS a demandé si il pouvait faire 10 minutes d’EPI dans un cours.. l’IPR de vie scolaire a mordu à l’hameçon , "oui, oui bien sûr !" Madame la principale : "A non.." mésentente , flottement...

EPI par matières ou niveau ? Pas de réponses claires...

Bilan : ce n’est pas la peine de faire une heure d’info sur ce sujet, les collègues sont revenus encore plus abattus qu’avant la réunion, même et surtout les convaincus.. qui commencent un peu à douter ? peut-être pas, mais du moins très insatisfaits, s’attendaient à mieux.

Les collègues savent déjà que des heures vont être perdues, en math et français à peu près un poste dans ces matières, en SVT le dernier arrivé fera un complément, en allemand j’en ai parlé plus haut...
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Dans un collège du 37 :

Tel EPI qui croyait pendre !

Dans notre établissement, deux IPR sont venus nous présenter la réforme. Après une courte introduction pendant laquelle nos deux formateurs ont déjà pris la précaution de nous annoncer qu’ils n’auraient pas de réponse à certaines de nos interrogations, nous avons lu une déclaration que nous avions au préalable préparée pendant notre dernière heure d’information syndicale. A l’issu de la lecture, ce sont presque 30% des personnels enseignants qui se sont levés et ont quitté la salle. Parmi ceux qui sont restés, un certain nombre, bien au fait de la réforme, a posé des questions déstabilisantes sur les AP, l’organisation des EPI, le temps de travail…etc. L’un des inspecteurs a, à tort, rappelé que nous travaillons désormais dans le cadre des 1607 heures, et un collègue lui a fait remarquer, à raison, que les professeurs n’étaient pas concernés puisque sous statut dérogatoire.

Bilan : Suite aux nombreuses questions de bon sens des collègues, nos inspecteurs ont reconnu à demi-mot avoir les mêmes interrogations que les nôtres et sont repartis incapable de justifier les incohérences et l’intérêt pédagogique de cette réforme.

Est-il utile de rappeler à nos inspecteurs qu’ils ont eux aussi des moyens légaux pour exprimer leur mécontentement ? C’est un peu facile de toujours laisser les mêmes aller au charbon et se cacher derrière le devoir de réserve. C’est de l’avenir du système éducatif qu’il s’agit, de nos élèves, donc de la France de demain.