A) Aspects idéologiques

B) Contenus des certifications

C) Mise en œuvre dans les lycées cette année et conséquences pour les enseignants

A) Aspects idéologiques

il est urgent de savoir quelle est la nature de la convention signée entre le Ministère et les organismes certificateurs.
Un appel d’offre a été fait par le Ministère, appel d’offre qui a été publié dans le journal officiel le 9 août 2006 (BOAMP 151 B, Dep.75).
Nous n’avons pas eu connaissance d’un quelconque document sur la convention signée entre le Ministère et les organismes choisis. Il est donc urgent de demander à la DGESCO des informations qui nous permettraient de connaître la nature exacte de la convention. Questions autres pouvant être posées : Quels ont été les critères de choix des organismes certificateurs ? Quelle est la durée de l’engagement ? (Si, comme on le croit, la durée est de 3 ans, que prévoit le Ministère après cette échéance ?) Quel est le coût pour l’Education Nationale (et le contribuable) ?......

A noter que les certifications européennes, en espagnol comme en anglais et en allemand, semblent être calquées sur les celles de Cambridge, dont l’objectif est clairement commercial.

Il convient d’être vigilant quand on sait que dans un établissement de l’académie de Reims, un chef d’établissement a demandé en conseil d’administration l’accord pour la signature d’une convention entre l’établissement et les organismes certificateurs. Nous ne connaissons pas encore sur quoi portait cette convention dont le texte n’a pas été proposé aux personnes siégeant au conseil d’administration !! Il s’agissait d’accepter une convention sans connaître quelle était la nature de l’accord. On n’arrête plus le progrès !!!! Quand les chefs d’établissement auront plus de pouvoir, que va t-il se passer ?

De plus, comment accepter que le Ministère finance, avec l’argent public, l’obtention de ces certifications pour un nombre limité d’élèves : ceux qui sont dans les secondes européennes. Le Ministère a donné la réponse suivante : les élèves des classes européennes ont montré, en choisissant ces sections, leur motivation pour les langues. Cette réponse nous semble un peu courte.

En attendant des réponses aux questions posées précédemment, il est clair qu’une question reste d’actualité, c’est le lien à terme entre ces certifications et les diplômes. On peut constater qu’en 3e, a été introduite en conformité avec le livret de compétences, l’attestation A2 qui n’est pas une certification donnée par un des trois organismes mais une évaluation des cinq compétences du Cadre européen par des enseignants de l’éducation nationale. Si le SNES a condamné la mise en œuvre choquante cette année (information très tardive des élèves et des enseignants et nécessité d’obtenir A2 pour avoir le Brevet), l’évaluation des compétences acquises par les élèves conformément au Cadre européen ne pose pas problème.
Il en va de même pour le baccalauréat, pour lequel on peut envisager que le niveau B2 soit attesté par les enseignants du service public. Sous quelle forme ? Evidemment pas en CCF !
Cette évaluation (comme l’attestation du niveau A2) ne pourrait-elle pas être reconnue au niveau européen puisqu’elle s’appuie sur le Cadre européen ? Il y aurait alors harmonisation (et non pas uniformisation via Cambridge) au niveau européen, permettant ainsi sa validité.
Quelle pourrait être l’articulation de cette attestation et le CLES (Compétences en langues de l’Enseignement Supérieur) ?

B) Contenus des certifications

Les formateurs conviennent que la nouvelle certification qu’on fait passer en France, le Cambridge English Certificate (CEC) ressemble grosso modo à une certification existante de la gamme de Cambridge ESOL, à savoir le Preliminary English Test (PET). Mais le CEC dispose de quelque chose en plus, nous dit-on, à savoir un élément de culture qui n’est pas présent dans le PET. Or, d’après les premières remontées dont nous disposons, le contenu culturel du Cambridge English Certificate est dérisoire. Pour le SNES, un des objectifs de l’enseignement des langues à l’Ecole a toujours été l’articulation des objectifs linguistiques et culturels.
Les interventions publiques de Mr Goullier, IG d’allemand et responsable au niveau européen de la politique linguistique ne peuvent qu’inquiéter. Il assigne à l’enseignement des langues vivantes une priorité presque exclusive : celle de l’approche actionnelle dans un but pragmatique, pour préparer les élèves à la mobilité (cf. son intervention à Rennes qui doit être mise en ligne sur le site du rectorat). Il justifie cette approche parce qu’elle permet aux élèves d’être en contact avec la langue en dehors des cours qui sont en nombre insuffisant à une bonne formation linguistique.

C) Incidences sur les collègues mobilisés

Cette année, des professeurs de langues vivantes en lycée (et pas seulement les collègues des sections européennes) ont été convoqués à des réunions de formation pour devenir assesseurs des certifications en anglais et en espagnol. Comme pour les oraux du Bac STG, les indemnités et/ou remboursements de frais pour ces formations et même pour les épreuves s’arrachent au niveau local, sous forme d’HSE (s’il en reste !) ou d’autres ‘pourboires’.

En ce qui concerne l’anglais, les professeurs qui ont participé à ces formations et qui ont ensuite fait passer les épreuves vivent mal le fait que l’organisme certificateur, Cambridge ESOL, se réserve le droit de modifier (on parle d’ « harmonisation ») les notes attribuées par les correcteurs français ! Non seulement la mise en place logistique des certifications induit une charge de travail accrue, mais les collègues impliqués là-dedans peuvent être désavoués par Cambridge ESOL !

Dans les établissements, il y a eu chantage et contre-vérités à tous les niveaux, d’abord sur la nature ‘obligatoire’ de la formation, et ensuite sur la question de savoir si cela fait partie de nos missions de faire passer les épreuves de ces certifications. Si certains Recteurs d’académie (celui de Lille, par exemple) ont affirmé que les certifications n’étaient pas des examens publics (donc, pas d’obligation de les faire passer), d’autres (à Orléans-Tours, notamment) ont été très rigides, en prétendant qu’il était de notre devoir de les faire passer, sous peine de sanctions disciplinaires pour service non fait. Le SNES dénonce ce chantage et les pressions exercées sur les collègues qui ne disposent pas de toutes les informations pour faire valoir leurs droits. Il exige que les collègues souhaitant participer à ce dispositif soient volontaires, et soutient ceux et celles qui refusent de faire passer les épreuves.

Autre anomalie sur le terrain : alors que dans les textes, ce sont des élèves volontaires des sections européennes qui peuvent s’inscrire aux certifications, dans certains établissements, tous les élèves de la section sont inscrits d’office ! C’est ça, le volontariat ?

En toute cohérence, le SNES pourra-t-il revendiquer à l’avenir que les collègues participant à ce dispositif soient rémunérés puisqu’il rejette ledit dispositif tant sur le fond que sur la forme ?

Thérèse Jamet-Madec, Bruno Auer
12 mai 2008